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Merci de votre passage et si vous me quittez ravis, laissez moi une trace !
A bientôt ...


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"Nous n'aurions plus rien d'humain
si le langage en nous
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Georges Bataille



"Es sus la talvera qu'es la libertat"
C'est en bordure du champ
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"La vérité ne se tient pas ici ou là,
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Il faut se contenter de ce doute
où tout paraît, comment dirais-je,
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Contes et nouvelles

Lundi 7 septembre 2009 1 07 09 2009 00:00

 

 

 

 

Jamais, au cours de sa vie, il n’avait rencontré quelqu’un d’aussi attentif à sa parole ! Jamais il n’avait ressenti une telle quiétude ! Lui, le paria, lui qui se sentait toujours exclu, c’était comme s’il s’était enfin trouvé une famille ! C’est alors qu’il prit conscience que les brebis s’étaient assises tout autour d’eux et semblaient les écouter avec une attention extrême. Elles dodelinaient de la tête avec des airs entendus, agitaient leurs sonnailles, s’adressaient des sourires, suivaient tour à tour chacun de leurs propos.

 

- Je vais te confier un grand secret,  lui dit alors la dame. Je suis en effet une drôle de bergère et mes ouailles là, sont de drôles de brebis ! Chacune d’elle vois-tu est un homme, une femme qui a vécu l’enfer parfois, parce que ses idées menaçaient le pouvoir en place, des idées de progrès, de paix, de liberté ... Dans ce troupeau par exemple, il y a Hypatie de Grèce, Galilée, Gandhi, des obscurs aussi, dont l’histoire n’a pas retenu le nom. Et comme ils ont été rejetés pendant leur vie, au moment de leur mort, ils ont choisi de s’exclure un peu plus pour se retrouver ensemble dans le lieu de leur choix. Mais il y a beaucoup d’autres troupeaux, beaucoup d’autres bergères…

 

-          Ils doivent s’ennuyer un peu quand même !

 

-          Pas du tout ! Et puis ils peuvent prendre toutes les formes qui leur plaisent : un jour brebis, un autre poisson mais aussi arbre, oiseau, nuage, fleur des champs … Ils goûtent ainsi à mille sensations et vivent enfin en accord avec leurs rêves. Jamais ils n’évoquent leur passé, jamais ils ne tentent de refaire le monde ! Ils savent que c’est peine perdue ! Ils  vivent juste dans la paix et la contemplation ! De toute façon, on les reconnaît bien plus  maintenant qu'ils sont morts!

 

Ne t’arrive-t-il pas, quand tu as le cœur lourd de remarquer un arbre solitaire qui attire ton regard et apaise par sa seule présence le trouble qui t’habite ? Parfois c’est un oiseau caché dans une haie qui chante pour toi seul, un nuage, une feuille que tu caresses  sans même savoir pourquoi. Dis-toi alors que c’est quelqu’un qui te comprend, qui sait ta peine et que tu peux te confier à lui bien mieux qu’à n’importe qui parce qu’il est l’un d’entre nous !

 

 Ecoute, je ne peux pas te dire où te mènent tes pas ni même quelle est la longueur du chemin qui te reste, mais je vais te faire un cadeau. Tiens, prends ce petit grelot, garde le précieusement et quand l’heure sera venue pour toi de quitter cette terre, tu peux, si tu le souhaites rejoindre mon troupeau. Il suffit pour cela que tu le fasses tinter et moi je serai là pour accueillir ton âme !

 

Soudain, alors qu’il contemplait sans voix le petit grelot rond dans le creux de sa main, un tourbillon de feuilles entoura le troupeau, la bergère et sa bête. Puis, les  soulevant de terre, il les emporta au loin, le laissant interdit et troublé, se demandant s’il n’avait pas été la proie d’un méchant sortilège. Mais dans sa main, il y avait toujours cette  étrange sonnaille ! Et là, dans le grand chêne, il entendit un merle qui avait dans son chant toute la grâce du printemps. Alors, dans le silence retrouvé, il dit merci à l’arbre, à l’oiseau et aux petites vagues qui souriaient sur l’eau.


 

Fin

 

Azalaïs

 


Par Azalaïs - Publié dans : Contes et nouvelles
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Samedi 5 septembre 2009 6 05 09 2009 00:00

carte du tarot de marseille LE MONDE


-          Mais à part fuir et regarder les hommes  aller à la dérive que fais-tu dans la vie ?


-          Pas grand-chose à vrai dire. Je loue mes services contre un repas ou un abri, je raconte des histoires, j’écris aussi un peu, des sortes de poèmes !


-          Comment cela, des sortes de poèmes !


-           Je veux dire par là que mes poèmes sont, je le crains ,quelque peu démodés.


-          Explique- moi donc cela !


-          Oh, je ne suis pas très instruit de ce genre de choses, mais il me semble  qu’en matière de poésie, il existe des castes, très très imperméables, des familles qui ne se côtoient pas ! Il y a les minimalistes,  les faiseurs de haïkus, ceux qui parlent d’amour de diverses façons, les humoristes, les malheureux chroniques, les surréalistes, les brodeurs de sonnets, les énigmatiques tellement obtus qu'il vous faut un cerveau surdimensionné pour en comprendre les méandres…  En ce moment, la mode est à l’introspection, le dedans, le dehors, l’espace du dedans, le chaos intérieur… Il faut aller profond en soi, gratter les croûtes, ouvrir les plaies, soulever les pierres, dire le mal de sa déchirure, l’enfoui, le caché, pétrir encore et encore l’obscur de ses entrailles, le torturer, le malaxer jusqu’à la vomissure !


-          Et cela intéresse quelqu'un ?


-          Vous n’avez pas idée ! A un point  tel qu’on a parfois l’impression de lire partout et toujours les mêmes mots durs et secs que l'on déroule au kilomètre, les mêmes idées, les mêmes formes !


-          Mais toi, de quoi parles-tu donc ?


-          Oh ! moi ! Des arbres, des nuages, de l’herbe, des rivières cachées, des chemins qui se perdent…


-          Je vois, tu es un grand rêveur ! Mais ton intérieur à toi, n’est-il pas intéressant ?


-          Je ne sais pas, et puis, je crois que j’en ai fait le tour ! J’en ai longtemps scruté toutes les failles, détricoté toutes les idées noires. Je les ai alignées comme de braves petits soldats, je les ai examinées  à  la loupe, triées, rangées en me demandant laquelle était la plus féroce ! Longtemps,  j’ai cherché à comprendre le maillage obscur de tous ces bouts de vie, comment ils s’assemblaient entre eux pour nous mener jusqu’à l’intolérable ! Mais j’ai compris un jour que c’était inutile. Ce qui est fait est fait ! Mieux vaut laisser en paix ses blessures  secrètes ! J’ai essayé pourtant de faire comme les autres mais je me suis trompé ! Pour le temps qui me dure je préfère de loin regarder du côté des étoiles, rechercher la lumière au-delà du visible  et surtout, surtout,  faire la paix avec mes vieux fantômes !


-          Cela me paraît sage, mais parfois trop de sagesse génère l’incompréhension et la différence suscite très vite l’intolérance ! Les plus grands massacres de l’histoire sont dus à l’intolérance et l’incompréhension ! Personne n’y pourra jamais rien, c’est ainsi ! L'homme est un labyrinthe qui cache au fond de lui une bête bien plus terrible que le plus terrible des minotaures! Ils le savent bien ceux qui prêchent  la peur de l'autre pour servir leurs funestes projets !

 

 

 

belle dame

 

à suivre ...

 

Azalaïs

Par Azalaïs - Publié dans : Contes et nouvelles
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Jeudi 3 septembre 2009 4 03 09 2009 00:00

Carte du Tarot de Marseille LA FORCE

 

 

Il s’éveilla dans le piétinement sourd et confus d’un troupeau de brebis. Certaines se mirent à bêler doucement lorsqu’il se redressa.  Des sonnailles aux sons aigres, un peu voilés, agitèrent cette masse compacte et ouatée de mouvements désordonnés. Une sorte de chien surgit en aboyant et une voix cria : « La paix Guiraude, la paix ! »


C’était une femme qui se tenait bien droite au bord de la lavogne. La bête sans un bruit se coucha à ses pieds, les oreilles en alerte. Il se frotta les yeux, se croyant encore dans un rêve tant cette silhouette lui semblait des plus extravagante. Une étrange bergère, vraiment !  Elle le considérait gravement, avec calme et douceur, mais il émanait d’elle comme une grande force, une sorte de puissance apaisante qui rayonnait tout autour d’elle et qui touchait tout ce qui l’entourait. Ce fut-elle qui parla la première :


-           Eh  bien,  l’homme, n’as-tu donc point de langue que tu restes céans aussi muet qu’un carpillon sorti de la rivière ?


-          Veuillez me pardonner ma dame, mais un instant j’ai cru à une apparition, une sorte de fée ou d’ange ou une sainte inconnue descendue du socle d’une église !


-          Je sais, je fais toujours cet effet là ! Mais toi, dis moi, que fais-tu donc ici ?


-          C’est difficile à dire, je crois bien que je fuis !


-          Aurais-tu donc commis une vilaine action ?


-          Non non, pas du tout ! Je fuis parce que je ne comprends plus trop comment tourne le monde !


-          Oh ! Voilà qui est intéressant ! Explique- moi un peu ce qui te pose problème !


-          Oh! c'est difficile à dire, mais j’ai le sentiment que plus personne ne s’intéresse aux vraies valeurs. Il me semble que nous vivons dans le facile et le superficiel, que nous n’avons plus de grands projets communs, juste des échéances à court terme destinées à rendre les riches encore plus riches et les pauvres encore plus pauvres,  que les gens souffrent de plus en plus d’un manque de reconnaissance parce que leur travail n’est plus considéré comme il devrait l’être. Alors, pour être reconnus, ils sont prêts à faire n’importe quoi, à s’exhiber dans des farces vulgaires, à étaler leurs pensées les plus intimes, à déballer toute la violence de leurs fantasmes en pensant qu’ils font preuve de créativité ! Une sorte d’art brut destiné à des brutes ! Et à force de tourner en rond sans cesse sur eux-mêmes, ils ne voient même pas que leur monde est en train de mourir !

 

-          Et cela te fait fuir ! Mais je suppose que tu n’es pas le seul à penser ce genre de choses ? N’avez-vous donc pas essayé de vous mettre ensemble et de défendre vos idées ?

 

 

-          Combattre ? Mais c’est peine perdue ! On place toujours les mêmes à la tête des nations, les plus fourbes souvent, des tricheurs, des menteurs, des voleurs qui ne se préoccupent que de pouvoir et de richesse ! Et quand par défi plus que par conviction, on élit quelqu'un d'intègre, il suffit de quelques tours de passe-passe pour attirer sur lui la haine et le courroux! La plupart des hommes ne sont pas plus vigilants que vos brebis ! De vraies girouettes! Des promesses et de la poudre aux yeux et les voilà contents ! On dépense sans compter l’argent public pour amuser le peuple et le peuple est heureux, et il ferme les yeux sur ce qui le dérange !  Il est sans mémoire et sans avenir ! Du reste pourquoi y aurait-il un avenir dans un monde où l’on accepte le pire et où la bêtise , la laideur, le facile sont de plus en plus récompensés! Et ne croyez pas que je sois un lâche ! Il m’est arrivé de vouloir défendre mes idées, mais je me suis fait lyncher sans que personne n’intervienne ! Ce que les gens aiment, c’est hurler avec les loups, être comme les autres, se conformer à la norme établie par le plus grand nombre, ricaner et détruire… Et puis nous sommes submergés par un tel flot de mots et d'images que nous n’avons même plus la force de rechercher la vérité !

 

 

 



 

 

à suivre....

 

Azalaïs

Par Azalaïs - Publié dans : Contes et nouvelles
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Mardi 1 septembre 2009 2 01 09 2009 09:00
Sur une idée de  La petite Fabrique d' Ecriture

Pour ne pas trop vous contraindre, je publie cette histoire en plusieurs parties et je mettrai à chaque fois les cartes de tarot qui m'ont guidée dans mon récit.
Vous pouvez, si vous le souhaitez, trouver leur signification ici


Lame du Tarot de Marseille LE MAT

 

 

Depuis des heures il cheminait, depuis des jours, il avançait, soulevant sous ses pieds des paquets de poussière, écartant du bâton de  petits cailloux ronds, ribambelles de pierres sur le bord du chemin. Pourquoi toujours ce besoin de partir ? Pourquoi ce sentiment de n’être jamais au bon moment au bon endroit, d’être toujours une chose en trop, dérangée, dérangeante ? Combien de fois ne l’avait-on pas montré du doigt à cause de ses idées, de son allure ou de sa façon d’être ? Combien de fois ne l’avait-on pas traité de fou, d’imbécile, de rabat-joie !


 Pourquoi ne pas faire comme les autres, accepter la dérive des mots, l’asservissement de la langue, l’anesthésie tranquille de la pensée par tous ces nouveaux dieux, la violence et la vulgarité, la laideur et le mensonge ? Oui, pourquoi refuser de rentrer dans le rang, de s’esbaudir avec les autres devant le faux et le clinquant ?


Mais ce qu’il voulait lui, c’était rester vivant et droit, continuer à entendre vibrer tout au-dedans de lui sa petite chanson, pas celle qu’on lui dictait, pas celle qui vous noyait dans une masse uniforme et visqueuse. Non, sa chanson à lui, faite de renouveau, d’espoir et d’inventivité, de questions sans réponses, d’éveil à l’unique et au différent… Ce qu’il voulait lui, c’était dérouler des rivières, marcher du même pas que le rond des collines, égrener au soleil des chapelets de mots, même s’ils ne servaient qu’à égayer de vieilles branches mortes !


Et puis, il aimait bien ses routes solitaires, celles qui lui permettaient d’approcher un peu plus le mystère des choses dans le silence vif des aurores naissantes. Il aimait observer le souffle des  vents chauds  bousculant rudement la masse énorme des nuages.  Il aimait attendre la nuit, quand elle vient soudain à gros bouillons bleutés dans un grand ciel timide tout torsadé de nacre et les arbres tremblant dans l’orangé du soir.


La journée s’achevait  dans la moiteur des brumes qui montaient de la terre. Des champs, rasés de frais, semblaient se reposer à l’abri des grands chênes. Du regard, il chercha une de ces cabanes en pierres qui parsemaient la campagne comme les pièces d’un immense échiquier. Il en trouva une, au bord d’une lavogne où il pourrait se délasser les pieds.


Soudain, la lune émergea au-dessus des nuages pour emplir tout l’espace et sans savoir comment, il se sentit lavé de la noirceur du monde. Une étoile, plus brillante que les autres semblait lui faire signe en clignotant au-dessus de la surface tranquille des eaux. Il l’observa longtemps avant de s’endormir confiant, sous la cape du ciel.

 

Collines du gaillacois

 

à suivre....

 

Azalaïs

Par Azalaïs - Publié dans : Contes et nouvelles
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Lundi 29 décembre 2008 1 29 12 2008 17:30

Pour vous aider à attendre la fin de l'année,
 je publie à nouveau ce conte.
Vous pouvez aussi aller en lire de très beaux chez Les Impromptus.


Camille Corot



C'était le dernier jeudi de décembre. Le vent d'autan annonciateur de pluie soufflait depuis cinq jours. De lourds nuages, gonflés d'eau s'échevelaient au ras des crêtes, déversant dans les prés une odeur de grand large.


Soudain, dans le déclin du jour, le silence se fit. La lune pleine et ronde s'engouffra dans la nuit tombée d'un coup, sans qu'on y prenne garde, et se mit à courir, égarée, au-dessus des toits gris. On attendait l'orage mais il ne venait pas.


 C'est alors qu'il apparut sur le chemin qui menait à l'abbaye en ruines. Un vieux, accompagné d'un chien. Ils avançaient sur le sentier, le dos courbé, la tête basse, sans que rien ne semblât les distraire dans leur progression lente et appliquée. De la pierraille sèche qui roulait sous leurs pas s'échappait comme un bruit de crécelle et c'est ce bruit, réveillant en écho les souvenirs perdus de malheurs d'un autre âge, qui annonça leur arrivée dans ce lieu oublié, en plein milieu du Causse. Derrière les fenêtres, les lumières s'allumaient une à une, faisant naître des ombres.




Ce fut le prêtre qui comprit le premier : le vent d'autan depuis cinq jours, la pleine lune un 31décembre, le vieux et son chien sur le chemin de l'abbaye et ce bruit qui enflait absorbant tous les autres ! L'odeur aussi avait changé. C'était à présent une âcre odeur de souffre mêlée à celle plus puissante de charogne brûlée.




Il fallait faire vite ! Un tel enchaînement de signes et à quelques jours de Noël ! Décidément, Il ne reculait devant rien ! Son arrogance était sans bornes ! Si la sorcellerie avait le Grand Albert, lui aussi il avait ses recettes pour repousser le Diable ! Malgré la peur qui lui liait les jambes, il plongea dans la cour et gravit en courant les trente trois marches de l'escalier de granit qui menait à l'église. La lourde porte de chêne lui résista un peu et fit hurler ses gonds mais il ne faiblit pas. D'abord, les quinze cierges enflammés à l'unisson dans la chapelle de Saint Joseph, puis, devant la croix agenouillé réciter humblement cent cinquante Notre Père  afin qu'en sa très grande bonté il nous délivre du Mal. Enfin se prosterner devant la statue de Saint Michel Archange, le vainqueur de démon ! Le grand livre de l'exorcisme disait aussi que l'on pouvait asperger d'eau bénite toutes les portes des maisons.




Sa détermination lui tenait lieu de courage et malgré cette main qui lui serrait le cœur, malgré le sang qui lui battait aux tempes, il sortit pour affronter la nuit. Un instant, il s'appuya contre le mur du cimetière qui jouxtait son église et il pensa alors à tous ces prêtres qui l'avaient précédé et qui avaient dû lutter contre ces forces obscures, chacun à leur manière. La lune avait stoppé sa course au-dessus du clocher. Vaincue par cette mer ténébreuse et compacte, elle n'éclairait plus qu'une rangée de toits d'une lueur de cire.


Mais il avait beau lutter, implorer tous les saints qui avaient su vaincre les ruses du Malin, la peur  à présent le tenait tout entier. Il n'était plus qu'un grand corps parcouru de longs frissons d'angoisse, tantôt brûlant de fièvre, tantôt tremblant de froid.


Pourtant, quelque chose avait changé. L'odeur semblait moins forte et le bruit plus confus. Dans le ciel, à la lune amarrée à son flot de noir d'encre, répondait maintenant une autre lumière, fragile mais résolue, une petite étoile clignotant faiblement à travers les nuages qui s'étaient amassés tout autour du village, l'enserrant fermement de leurs griffes d'acier. Le prêtre pensa à une sorte de phare, quelque part en lisière du bois, de l'autre côté du pont.


Depuis quelques jours, s'était installée là, une petite troupe d'étrangers, des charbonniers venus sans doute du Piémont pour aller se louer dans les forêts des montagnes voisines. Habitués au provisoire, ils avaient rapidement monté un campement de planches et de toiles assemblées. Aussitôt, dans le village, on s'était mis à surveiller les enfants et les poules. Dans l'auberge, sur la Place du Coq, les commérages se multipliaient et chacun avait à raconter une histoire encore plus terrible que celle de son voisin. De la simple rapine on était vite passé au meurtre, au viol, à la disparition. On disait aussi que les femmes dansaient, les nuits de pleine lune, faisant surgir du feu toutes sortes de créatures étranges allant du crapaud à la vipère cornue. On disait même qu'elles avaient le pouvoir de lancer des sorts mauvais sur les hommes, les bêtes, les récoltes, qu'il ne fallait surtout pas croiser leur regard et quand elles passaient dans les ruelles, tenant leurs enfants par la main pour vendre leurs paniers d'osier ou leurs châles de laine, on se barricadait pour épier ces malfaisantes derrière le rideau de sa cuisine.



Verbrugghe Henri



Tout à coup, surgit un homme, les yeux emplis d'angoisse, le visage défait et barbouillé de larmes ! Il agitait les bras comme une marionnette et hurlait dans un méchant patois :

« Maria, Maria, lo drole, il bimbo, le bébé.... Prego ... Far presto... Prego »


Le prêtre, sorti de sa torpeur, le regardait sans comprendre. Mais de quel enfer venait-il celui-là ? Et que racontait-il ? Au loin, l'étoile clignotait toujours !

 « Maria... Prego...Prego...lo drole... »


Marie ? L'étoile ? Le bébé ? Ah ! Non ! Ça n'allait pas recommencer ! Et puis Noël était passé... Et puis il n'avait pas terminé sa mission ... Le malheur était aux portes du village, il ne pouvait pas se laisser distraire par ce mal peigné ! Un  de ces hérétiques Vaudois peut-être, chassés de France dans des temps plus anciens !  Et si c'était un piège pour l'attirer hors du village ! Non, non, assez de signes pour cette nuit !

Mais l'homme gesticulait toujours !


« Aiuto... Prego... Aiuto »  implorait-il en s'accrochant à la robe du prêtre.

« Aiuto, Aiuto ! »


Au loin, l'étoile clignotait toujours !


« Grand Dieu, mon père, mais vous ne comprenez donc pas que cet homme a besoin d'aide ? Qu'attendez-vous pour lui porter secours ? N'entendez-vous donc pas ce qu'il vous dit ? Que sa femme va accoucher et que ça ne se passe pas bien ! N'y a-t-il donc personne dans ce fichu village qui soit pourvu d'un peu d'humanité ? Etes-vous donc si pauvres que vous n'ayez plus rien à donner, même pas un peu de réconfort ? »


Le vieux !! Le vieux et son chien ! Immense, provocateur, il se tenait sur le perron de l'église tel un prédicateur et il pointait sur lui et sur le village un bâton menaçant. Sa cape virevoltait dans la lumière de la lune et on eut dit qu'une des sculptures du porche venait de descendre de son piédestal. Intrigués par tout ce tapage, des portes s'étaient ouvertes et quelques villageois commençaient à sortir, rassurés par la présence du prêtre. Ce dernier, interdit, écoutait cette voix qui martelait les mots comme lui à la messe.


« Ah ! Vous avez belle mine, tous là, recroquevillés sur vos vieilles croyances, rétrécis par vos peurs, prisonniers de vos fantômes ! Voulez-vous donc que l'on raconte partout que vous n'avez pas voulu assister une malheureuse et que par votre faute, ce village aura perdu deux vies ? Préférez-vous donc la peur à la honte ? »


Peur d'Ann Veronica Janssens


Ils étaient maintenant une centaine à l'écouter. Des murmures de désapprobation parcouraient l'assistance. On marmottait, on ronchonnait, on renâclait, on se dandinait sans oser se regarder les uns les autres. Mais le discours traçait sa route et ouvrait des chemins inconnus aux vertus apaisantes.


« N'écoutez pas les prophètes de la peur ! Ils ne sont là que pour dominer les âmes et brouiller les esprits ! La peur est l'arme des puissants pour affaiblir les pauvres, les dominer, les asservir, les rendre dépendants, les empêcher de penser et d'agir à leur guise ! La peur n'est pas un outil de liberté mais un outil d'enfermement et de haine ! Vous nous regardez cet homme et moi, comme des étrangers qui seraient des messagers du Diable, porteurs de je ne sais quels maléfices ! Mais n'avez-vous donc pas pensé que nous étions peut-être les messagers de Dieu et que ce soir, Il vous offre une occasion de vous laver de toutes vos turpitudes ! Allons, un peu de courage ! Qu'avez-vous donc à perdre ? Ouvrez vos cœurs et vous verrez que vous en sortirez lavé bien mieux qu'après un acte de contrition ! »

 

-       Il a raison dit Justine l'accoucheuse, moi j'y vais ! Elle attrapa le charbonnier par le bras et lui fit signe de la suivre.

-       Attends, dit Fernand le forgeron, j'attèle la charrette, ça ira plus vite !

-       Je viens avec vous, s'écria Martin, le tisserand, j'emmène des langes et des couvertures !

-       Moi, il me reste du farci !

-       Moi des châtaignes !

-       Moi des fromages de chèvre !

-       Moi du vin de pêches !

-       Moi de la fouace !

 

Comme une troupe de moineaux, tous partirent en courant, le cœur soudain empli d'une fierté nouvelle ! Alors, le prêtre, abasourdi, entra dans son église pour aller vers la crèche et il mit sous son bras le beau berceau de chêne que le menuisier venait de chantourner avec tendresse pour l'enfant de Marie et de Joseph. Lorsqu'il sortit, la neige s'était mise à tomber et il crut entendre la musique des anges !


Eugène Lavieille, école de Barbizon

 



Par Azalaïs - Publié dans : Contes et nouvelles
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 11 2008 18:27
Saint Jean -Baptiste: Orsanmichele, Florence



Le début de l'histoire est ici et



« Grand Dieu, mon père, mais vous ne comprenez donc pas que cet homme a besoin d'aide ? Qu'attendez-vous pour lui porter secours ? N'entendez-vous donc pas ce qu'il vous dit ? Que sa femme va accoucher et que ça ne se passe pas bien ! N'y a-t-il donc personne dans ce fichu village qui soit pourvu d'un peu d'humanité ? Etes-vous donc si pauvres que vous n'ayez plus rien à donner, même pas un peu de réconfort ? »




Le vieux !! Le vieux et son chien ! Faisant virevolter sa cape dans les lueurs mouvantes de la lune, il se tenait sur le perron de l'église, un peu comme une sculpture descendue de son piédestal et il pointait sur lui et sur le village un bâton menaçant. Un instant, le prêtre crut qu'il allait en sortir des éclairs pour le brûler tout vif! Intrigués par tout ce tapage, des portes s'étaient ouvertes et quelques villageois commençaient à sortir, rassurés par la présence de leur abbé. Ce dernier, interdit, écoutait cette voix qui martelait les mots comme lui à la messe.


« Ah ! Vous avez belle mine, tous là, recroquevillés sur vos vieilles croyances, rétrécis par vos peurs, prisonniers de vos fantômes ! Voulez-vous donc que l'on raconte partout que vous n'avez pas voulu assister une malheureuse et que par votre faute, ce village aura perdu deux vies ? Préférez-vous donc la peur à la honte ? »


Ils étaient maintenant une centaine à l'écouter. Des murmures de désapprobation parcouraient l'assistance. On marmottait, on ronchonnait, on renâclait, on se dandinait sans oser se regarder les uns les autres. Mais le discours traçait sa route et ouvrait des chemins inconnus aux vertus apaisantes. On eut dit que mille petites lumières se mettaient à éveiller leur curiosité et leurs consciences!


« N'écoutez pas les prophètes de la peur ! Ils ne sont là que pour dominer les âmes et brouiller les esprits ! La peur est l'arme des puissants pour affaiblir les pauvres, les dominer, les asservir, les rendre dépendants, les empêcher de penser et d'agir à leur guise ! La peur n'est pas un outil de liberté mais un outil d'enfermement et de haine ! Vous nous regardez cet homme et moi, comme des étrangers qui seraient des messagers du Diable, porteurs de je ne sais quels maléfices ! Mais n'avez-vous donc pas pensé que nous étions peut-être les messagers de Dieu et que ce soir, Il vous offre une occasion de vous laver de toutes vos turpitudes ? Qu'avez-vous donc à perdre ? Ouvrez vos cœurs et vous verrez que vous en sortirez lavés bien mieux qu'après un acte de contrition ! Allons, un peu de courage!»

 

-       Il a raison dit Angèle l'accoucheuse, moi j'y vais ! Elle attrapa le charbonnier par le bras et lui fit signe de la suivre.


-       Attends, dit Fernand le forgeron, j'attèle la charrette pendant que tu vas chercher tes affaires, nous irons plus vite !


-       Je viens avec vous, s'écria Martin, le tisserand, j'emmène des langes et des couvertures !


-       Moi, il me reste du farci, osa dire Augustine!

-      Et moi des châtaignes !


-       Moi des fromages de chèvre !

-       Et moi du vin de pêches !


-       Moi de la fouace !

-      Et moi, des fruits confits!

 

Comme une troupe de moineaux, tous partirent en courant, le cœur soudain empli d'une fierté nouvelle ! Alors, le prêtre, abasourdi, entra dans son église pour aller vers la crèche et il prit sous son bras le beau berceau de chêne que le menuisier venait de chantourner avec tendresse pour l'enfant de Marie et de Joseph. Lorsqu'il sortit, la neige s'était mise à tomber et il crut entendre la musique des anges !



L'enfant de Maria et de Giuseppe naquit un peu après minuit. Ce fut une fille. On l'appela Justine. Quant au vieux avec son chien, nul ne sait ce qu'il est devenu. Sans doute continue-t-il à errer sur les routes pour allumer quelques étoiles!



Azalaïs




Par Azalaïs - Publié dans : Contes et nouvelles
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Vendredi 21 novembre 2008 5 21 11 2008 09:42


Le début de l'histoire est ici.




Basilique Saint Nazaire à Carcassonne



Mais il avait beau lutter, implorer tous les saints qui avaient su vaincre les ruses du Malin, la peur  à présent le tenait tout entier. Il n'était plus qu'un grand corps parcouru de longs frissons d'angoisse, tantôt brûlant de fièvre, tantôt tremblant de froid.


Pourtant, quelque chose avait changé. L'odeur semblait moins forte et le bruit plus confus. Dans le ciel, à la lune amarrée à son flot de noir d'encre, répondait maintenant une autre lumière, fragile mais résolue, une petite étoile clignotant faiblement à travers les nuages qui s'étaient amassés tout autour du village, l'enserrant fermement de leurs griffes d'acier. Le prêtre pensa à une sorte de phare, quelque part en lisière du bois, de l'autre côté du pont.


Depuis quelques jours, s'était installée là, une petite troupe d'étrangers, des charbonniers venus sans doute du Piémont pour aller se louer dans les forêts des montagnes voisines. Habitués au provisoire, ils avaient rapidement monté un campement de planches et de toiles assemblées. Aussitôt, dans le village, on s'était mis à surveiller les enfants et les poules. Dans le bar de l'auberge, sur la Place du Coq, les commérages se multipliaient et chacun avait à raconter une histoire encore plus terrible que celle de son voisin. De la simple rapine on était vite passé au meurtre, au viol, à la disparition. On disait aussi que les femmes dansaient, les nuits de pleine lune, faisant surgir du feu toutes sortes de créatures étranges allant du crapaud à la vipère cornue. On disait même qu'elles avaient le pouvoir de lancer des sorts mauvais sur les hommes, les bêtes, les récoltes, qu'il ne fallait surtout pas croiser leur regard. Et quand elles passaient dans les ruelles, tenant leurs enfants par la main pour vendre leurs paniers d'osier ou leurs châles de laine, on se barricadait pour épier ces malfaisantes derrière le rideau de sa cuisine.


Tout à coup, surgit un homme, les yeux emplis d'angoisse, le visage défait et barbouillé de larmes ! Il agitait les bras comme une marionnette  et hurlait dans un méchant patois :


« Maria, Maria, lo drole, il bimbo, le bébé.... Prego ...

Far presto...Prego »


Le prêtre, sorti de sa torpeur, le regardait sans comprendre. Mais de quel enfer venait-il celui-là ? Et que racontait-il ? Au loin, l'étoile clignotait toujours !


« Maria... Prego...Prego...lo drole... »


Marie ? L'étoile ? Le bébé ? Ah ! Non ! Ça n'allait pas recommencer ! Et puis Noël était passé... Et puis il n'avait pas terminé sa mission ... Le malheur  était aux portes du village, il ne pouvait pas se laisser distraire par ce mal peigné ! Un  de ces hérétiques Vaudois peut-être, chassés de France dans des temps plus anciens !  Et si c'était un piège pour l'attirer hors du village ! Non, non, assez de signes pour cette nuit !


Mais l'homme gesticulait toujours !


« Aiuto... Prego... Aiuto »  implorait-il en s'accrochant à la robe du prêtre.


« Aiuto, Aiuto ! »


Au loin, l'étoile clignotait toujours !


à suivre...



http://www.lettres.ac-versailles.fr/IMG/jpg/TSA_Bosch_messager_diable.jpg

Jérôme Bosch: Le messager du diable




 


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Mercredi 19 novembre 2008 3 19 11 2008 11:56



Pour Ecriture Ludique: Consigne 63


Le principe de cet exercice est de choisir cinq éléments dans chacune des listes ci-dessous (personnages, lieux, dates et nombres), et de construire un récit incluant l'ensemble des éléments choisis.

Personnages : prêtre, assassin, chien, femme, homme, poisson rouge, vieux, chat, peintre, maître, voleuse, femme d'affaires, magistrate, recteur d'académie, policier

Lieux : Un balcon, un bar, une abbaye, une maison close/bordel, un sous-sol, un/des toit(s), une cage, une cellule, une cuisine, une salle de bain, un bureau, une réserve (de magasin), un ascenseur, une cabine, des escaliers

Dates / Nombres22 mars, 15, 7, 1, 5, 12, 31 décembre, 1 mai, 74, 156, 2943, 33, 7 octobre, 150, 1528


 

C'était le dernier jeudi de décembre. Le vent d'autan annonciateur de pluie soufflait depuis 5 jours. De lourds nuages, gonflés d'eau s'échevelaient au ras des crêtes, déversant dans les prés une odeur de grand large.


Soudain, dans le déclin du jour, le silence se fit. La lune pleine et ronde s'engouffra dans la nuit tombée d'un coup, sans qu'on y prenne gare, et se mit à courir, égarée, au-dessus des toits gris. On attendait l'orage mais il ne venait pas.


 C'est alors qu'il apparut, sur le chemin qui menait à l'abbaye en ruines. Un vieux, accompagné d'un chien. Ils avançaient sur le sentier, le dos courbé, la tête basse, sans que rien ne semblât les distraire dans leur progression lente et appliquée. De la pierraille sèche qui roulait sous leurs pas s'échappait comme un bruit de crécelle et c'est ce bruit, réveillant en écho les souvenirs perdus de malheurs d'un autre âge, qui annonça leur arrivée dans ce lieu oublié, en plein milieu du Causse. Derrière les fenêtres, les lumières s'allumaient une à une, faisant naître des ombres.


Ce fut le prêtre qui comprit le premier : le vent d'autan depuis cinq jours, la pleine lune un 31décembre, le vieux et son chien sur le chemin de l'abbaye et ce bruit qui enflait absorbant tous les autres ! L'odeur aussi avait changé. C'était à présent une âcre odeur de souffre mêlée à celle plus puissante de charogne brûlée.


Il fallait faire vite ! Un tel enchaînement de signes et à quelques jours de Noël ! Décidément, Il ne reculait devant rien, son arrogance était sans bornes !Mais  si la sorcellerie avait le Grand Albert, lui aussi, il avait ses recettes pour repousser le Diable ! Malgré la peur qui lui liait les jambes, il plongea dans la cour et gravit en courant les trente trois marches de l'escalier de granit qui menait à l'église. La lourde porte de chêne lui résista un peu et fit hurler ses gonds mais il ne faiblit pas.


D'abord, les quinze cierges enflammés à l'unisson dans la chapelle de Saint Joseph, puis, devant la croix agenouillé réciter humblement cent cinquante "Notre Père" afin qu'en sa très grande bonté il nous délivre du Mal. Enfin se prosterner devant la statue de Saint Michel Archange, le vainqueur de démons ! Le grand livre de l'exorcisme disait aussi que l'on pouvait asperger d'eau bénite toutes les portes des maisons.


Sa détermination lui tenait lieu de courage et malgré cette main qui lui broyait le cœur, malgré le sang qui lui battait aux tempes, il sortit pour affronter la nuit. Un instant, il s'appuya contre le mur du cimetière qui jouxtait son église et il pensa alors à tous ces prêtres qui l'avaient précédé et qui avaient dû lutter contre ces forces obscures, chacun à leur manière. La lune avait stoppé sa course au-dessus du clocher. Vaincue par cette mer ténébreuse et compacte, elle n'éclairait plus qu'une rangée de toits d'une lueur de cire.


à suivre...



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Dimanche 14 septembre 2008 7 14 09 2008 00:00


  C'est la fin de l'été, les papillons se font plus rares et j'ai repensé à ce texte que j'avais écrit il y a presque un an . Je le publie à nouveau en ajoutant quelques photos des papillons qui ont fréquenté mon jardin cet été.

La belle dame


 Exercice proposé par Les impromptus littéraires :
décrire une noce insolite.




          L---cole-buissonni--re.JPG
Dom Robert : L'école buissonnière
 
 

                C’est par une belle matinée de printemps, que la jeune Piéride Du Chou sortit de son cocon. Aléa jacta est ! C’était écrit ainsi depuis la nuit des temps : les piérides du chou naissent dans les choux et pas dans les navets qui sont comme vous le savez réservés aux piérides des …navets !

           
        Demoiselle Piéride fit son apprentissage dans un plant de précoces, sous la férule d’un précepteur aigri qui venait de Bruxelles ! Mais son école à elle, petite évaporée, c’était l’école buissonnière ! Chaque fois qu’elle pouvait tromper la vigilance de son maître, elle quittait le potager pour s’en aller rêver à la lisière d’un pré où dansaient des zygènes.

          
          Il y avait là un monde coloré, poudré jusqu’aux antennes, jouant des ailes à qui mieux mieux, faisant assaut de courtoisie pour claironner bien haut leurs titres prestigieux : Hespéries de la Houque, Mélitées du Plantain, Tanagres du Cerfeuil, Damiens de l’Alchémille, Cuivrés de la Verge d’or, Turquoise de la Sarcille … Mais ceux qui la ravissaient le plus, c’étaient les azurés aux bleus tellement bleus qu’elle en perdait la tête ! Et puis, quelle grâce dans leur danse, quelle élégance dans leurs postures !

           

        Elle était là, perchée sur un trèfle à fleurs rouges, lorsque le  jeune Azuré des Anthyllides l’invita de façon fort galante à siroter un verre au sommet d’une très grande sanguisorbe ! Nul ne sait ce que se dirent ces deux là, ni ce qui les poussa à briser le tabou de telle mésalliance, mais ce que je sais moi, c’est que Mme  Mère Azuré des Anthyllides faillit en faire une syncope !


« Comment, mon fils, que me dites vous là ? Un Azuré épouser une Piéride ? Etes-vous donc allé voleter dans leurs tristes banlieues ? Ce bruit, cette odeur, cette vulgarité ! De la techno chez les Choux Raves, du Bel Canto jusque tard dans la  nuit chez ces ritals de Brocolis ! Quant aux Chinois, les Pé-tsaï et les Pak-choï  je suis sûre qu’ils attendent la mondialisation pour investir la moindre friche ! Voyons mon fils, qu’espérer d’une fille qui a grandi dans un pareil espace ? Ces gens là n’ont aucune éducation, aucune culture ! Un sang bleu ne peut s’avilir dans une telle union ! Nous serions la risée de toute la prairie !

           
        N’écoutant que son cœur, le jeune insoumis alla chercher sa belle et l’épousa sur le champ, dans le creux d’une ombelle ! Ce fut une bien belle noce, drainant dans son sillage toute une foule d’étrangers : de bruns Tabacs d’Espagne chantant le Fandango avec leurs castagnettes, de grands Nègres des bois frappant sur leur tam-tam, un beau Point de Hongrie qui joua de son bugle et même des Lambdas qui se cherchaient un nom en dansant le Sirtaki !

           
        Si vous passez un jour en lisière d’un pré, admirez les ombelles ! Elles gardent en leur cœur, à la fin de l’été, tous les fruits exotiques des  amours marginales !

                                                                                          Azalaïs

                                                        Argus bleu

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Vendredi 4 avril 2008 5 04 04 2008 11:33

Pour La Petite Fabrique d'écriture dont le thème de cette quinzaine est la démesure, la fable, la galéjade, le mensonge...
Allez leur rendre visite! Tout le monde peut participer!!

Dom Robert: Mille fleurs sauvages


    Poule poulette, un beau matin de mai, s'en alla dans le pâtis pour picorer seulette l'herbette nouvelette. La sauge était violette, le pissenlit tout réjoui et la mousse coiffée de petite capuches qui la faisait sembler à une troupe de nonettes courant à vêpres! De ci de là, notre gourmette se mit à faire la cueillette de petits brins de ciboulette pour en garnir son omelette.

   

    Quand arriva un gros dindon, piétinant tout sur son passage. L'avait la crête rouge et le derrière empanaché d'une sorte d'ombrelle qui semblait l'encombrer. Se croyant tout seulet, il se mit à psalmodier des airs sans queue ni tête qui firent s'escamper les papillons du pré. Il s'appelait Carlos. C'était un rouge des Ardennes, un dindon vigoureux, rustique mais fougueux ! Et il bombait le torse, et il pirouettait tout en tapant du pied, agitant comme un fol sa caroncule bleue. Une abeille en passant murmura : « Qu'il est laid ! » Il entendit : « Olé ! »

   

    Bientôt, toute la basse-cour se trouva dans le champ pour s'esbaudir en chœur des accents langoureux de cette danse étrange venue, caquetait-on d'Amérique du Sud ! Certains osèrent même de petits cris joyeux pour jouir avec lui de sa pavane altière ! Il y eut des  Rououcou  et des Kirikiki , des  Ticot Ticot par ci et des Ticot par là. Une caille lança un Palpabat effarouché et l'alouette grisolla un Tiralirou plein de charme ! Le chardonneret, du haut de son cyprès siffla : Tirlit  tchiou  tchiou et le verdier lui répondit : Oh oui Oh oui !

   

    Tout ce petit monde se mit à claquer du bec et à battre des ailes, lorsque soudain,  parut la divine Bianca, une dinde du Gers, élégante et rebelle. Tout me monde se tut, même les sauterelles ! On murmurait partout qu'elle s'était entichée d'un dindon de Sologne, un aristo bobo qui  jouait des ergots en déclamant des vers. Carlos lui, sombre hidalgo aux yeux brûlants de fièvre, ne savait que danser ou bien, pousser la chansonnette en regardant le ciel.

   

    La nuit était tombée, allumant des lucioles au pied des ancolies. Comme un point suspendu au-dessus du grand chêne, la lune se leva. Alors, telle une marionnette menée par une étoile, Bianca la belle s'avança vers Carlos, la tête haute, le regard fier, cambrée comme une reine,  l'obligeant pas après pas à entrer dans sa danse. Toute la nuit ils s'affrontèrent dans une sorte de corps à corps tumultueux et passionné où chacun reprenait dans l'instant ce qu'il venait d'offrir.

   

    Au matin, sur les herbes ardemment piétinées, on ne trouva que quelques plumes pour témoigner de cette folle histoire où une dinde et un dindon se dirent qu'ils s'aimaient d'amour tendre.


Cric crac...mon conte es acabat

Azalaïs


                            

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