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Texte Libre


Vendredi 4 avril 2008

Pour La Petite Fabrique d'écriture dont le thème de cette quinzaine est la démesure, la fable, la galéjade, le mensonge...
Allez leur rendre visite! Tout le monde peut participer!!

Dom Robert: Mille fleurs sauvages


    Poule poulette, un beau matin de mai, s'en alla dans le pâtis pour picorer seulette l'herbette nouvelette. La sauge était violette, le pissenlit tout réjoui et la mousse coiffée de petite capuches qui la faisait sembler à une troupe de nonettes courant à vêpres! De ci de là, notre gourmette se mit à faire la cueillette de petits brins de ciboulette pour en garnir son omelette.

   

    Quand arriva un gros dindon, piétinant tout sur son passage. L'avait la crête rouge et le derrière empanaché d'une sorte d'ombrelle qui semblait l'encombrer. Se croyant tout seulet, il se mit à psalmodier des airs sans queue ni tête qui firent s'escamper les papillons du pré. Il s'appelait Carlos. C'était un rouge des Ardennes, un dindon vigoureux, rustique mais fougueux ! Et il bombait le torse, et il pirouettait tout en tapant du pied, agitant comme un fol sa caroncule bleue. Une abeille en passant murmura : « Qu'il est laid ! » Il entendit : « Olé ! »

   

    Bientôt, toute la basse-cour se trouva dans le champ pour s'esbaudir en chœur des accents langoureux de cette danse étrange venue, caquetait-on d'Amérique du Sud ! Certains osèrent même de petits cris joyeux pour jouir avec lui de sa pavane altière ! Il y eut des  Rououcou  et des Kirikiki , des  Ticot Ticot par ci et des Ticot par là. Une caille lança un Palpabat effarouché et l'alouette grisolla un Tiralirou plein de charme ! Le chardonneret, du haut de son cyprès siffla : Tirlit  tchiou  tchiou et le verdier lui répondit : Oh oui Oh oui !

   

    Tout ce petit monde se mit à claquer du bec et à battre des ailes, lorsque soudain,  parut la divine Bianca, une dinde du Gers, élégante et rebelle. Tout me monde se tut, même les sauterelles ! On murmurait partout qu'elle s'était entichée d'un dindon de Sologne, un aristo bobo qui  jouait des ergots en déclamant des vers. Carlos lui, sombre hidalgo aux yeux brûlants de fièvre, ne savait que danser ou bien, pousser la chansonnette en regardant le ciel.

   

    La nuit était tombée, allumant des lucioles au pied des ancolies. Comme un point suspendu au-dessus du grand chêne, la lune se leva. Alors, telle une marionnette menée par une étoile, Bianca la belle s'avança vers Carlos, la tête haute, le regard fier, cambrée comme une reine,  l'obligeant pas après pas à entrer dans sa danse. Toute la nuit ils s'affrontèrent dans une sorte de corps à corps tumultueux et passionné où chacun reprenait dans l'instant ce qu'il venait d'offrir.

   

    Au matin, sur les herbes ardemment piétinées, on ne trouva que quelques plumes pour témoigner de cette folle histoire où une dinde et un dindon se dirent qu'ils s'aimaient d'amour tendre.


Cric crac...mon conte es acabat

Azalaïs


                            

par Azalaïs publié dans : Contes et nouvelles
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Vendredi 21 mars 2008

Pour Ecriture Ludique: écrire un texte comprenant les 10 mots suivants : magique, vite, rapide, dernier, contacter,  prononcer, conseiller, sinistre, astuce, service

et pour
Les Impromptus qui  proposent d'écrire cette semaine sur le thème de la traction animale
 
 

« Patron, siou plaît, remettez moi ça ! »

« C’est le  dernier, Fernand, dans cinq minutes, on ferme. »

     

      Affalé sur le zinc, le nez dans son ballon de rouge, Fernand Bertout attendait, comme tous les soirs depuis six  mois, la fermeture du bistrot.

 

      Tout avait commencé un dimanche, au début de l’été. Il longeait le canal, sans trop penser à rien. Un petit train de nuages filait dans le ciel bleu et Fernand, étonné, se surprit à contempler le vol  rapide des hirondelles,  frisant de leurs ailes acérées la surface de l’eau. L’odeur des foins coupés emplissait tous les prés. Sur la berge opposée quelques vaches s’étaient approchées de la rangée de platanes, à la recherche d’un peu de fraîcheur. Une charrette passa, emportant avec elle le son grinçant de ses roues sur les graviers de la route. Fernand la suivit un instant du regard, puis reprit son chemin.

 

      C’est alors qu’il la vit, à la terrasse du café, éclaboussée par la lumière qui dansait dans les feuilles du tilleul. Soudain, le sol parut se dérober. Ses jambes ployèrent, fauchées par la surprise. Ne devant son salut qu’à la souche d’un vieux saule pleureur sur lequel il s’assit rudement, il tenta vainement de calmer le tumulte qui dévastait son âme. Longtemps, il resta là, à l’épier dans le bourdonnement des mouches.

 

      D’ordinaire, Fernand se méfiait des servantes ! Leur corsage entrouvert sur des gorges offertes, leur démarche alanguie suggérant l’intimité oisive de leur croupe, leurs aisselles charnues aux relents pénétrants...Il préférait de loin, la fréquentation des juments de remonte à la vulgarité de ces femmes perverses !

 

Alors que là !...Il ne pouvait que l’observer et l’observer encore, ne sachant mettre en mots ce qui le fascinait ! Tel un bourdon absorbé dans sa tâche, il voulait se remplir, se repaître, jouir encore et encore du plus petit détail, de la moindre parcelle : les mèches égarées qui caressaient sa nuque, le geste qu’elle avait pour essuyer son front d’un seul revers de bras, l’attache des poignets, l’allure de son pas, son petit air sérieux quand elle prenait les commandes, le sourire un peu gauche devant les propos  hardis de certains saisonniers...Qui était-elle ? D’où venait-elle ? Elle ne ressemblait en rien à ces filles de fermes engagées  par Louis, chaque été, le jour de la Saint Jean.

 

      Le soleil déclinait. Déjà l’ombre du soir teintait les eaux de lourds reflets violets. Les hirondelles poursuivaient sans fléchir leurs tracés mystérieux, abrupts, mais pleins de grâce. S’il voulait l’approcher, en savoir plus sur elle, il fallait se hâter. Le patron vieillissait et il pliait boutique de plus en plus tôt. Elle allait donc bientôt terminer son  service.

 

      Lorsqu’il la frôla, son être tout entier fut submergé par une odeur de blé, d’herbes, de noisettes ...Et lorsqu’elle se tourna, il fut précipité d’un coup, dans le gris de ses yeux ...Pareil à un noyé proche de l’asphyxie, les sons qu’il  prononça  parurent l’inquiéter. Gênée, elle lui demanda de reformuler sa demande.

« Un vin blanc s’il vous plaît. »

« En terrasse ? »

« Non, non, je préfère rentrer. »

 

      A sept heures précises, elle dénoua les liens de son tablier blanc, le posa sur un coin du comptoir, puis, se dirigeant vers la porte du fond, elle dit à la patronne :

« A tout à l’heure Justine. »

« A tout à l’heure, Marthe. »

   

 Marthe, elle s’appelait Marthe et elle n’avait pas dit « Patronne », mais « Justine ».

N’y tenant plus, Fernand s’approcha du comptoir et demanda à Louis, d’un ton le plus neutre possible :


« Vous avez embauché une nouvelle serveuse ? »

« Marthe ? Serveuse si on veut ! C’est une parente de ma femme. Je l’emploie, comme qui dirait, par charité chrétienne ! Ses parents sont fermiers quelque part dans la Somme. Trop de bouches à nourrir, donc y  faut faire le vide ! Tu m’comprends ! Mais ... sais pas si j’vais pouvoir la garder ! Trop timide, trop sage, trop réservée ! Justine a beau la  conseiller, elle a pas l’assurance pour répondre aux clients ! Note bien, c’est pas l’travail qui lui fait peur, ça non, mais les hommes, faut savoir les asticoter un peu, leur dire quelqu’ astuces, même si c’est pas toujours suivi d’la bagatelle ! »

    

      Pour masquer son trouble, Fernand rajusta sa casquette, toussota un peu, puis déclara  d’un ton presque  trop brusque :

« Bon, c’est pas l’tout, mais faut qu’j’aille rentrer mes poules ! »

 

      Fernand était maréchal- ferrant, à quelques kilomètres en amont du canal. Sa forge ne désemplissait pas : mariniers, paysans, muletiers, négociants en tous genres,  voyageurs de passage ... tous prenaient plaisir à fréquenter ce lieu providentiel, posé comme un mirage sur le bord de la route. Taiseux de nature, Fernand s’accomplissait dans l’harmonie des gestes. Beaucoup ne venaient là que pour profiter du spectacle. Le voir s’exprimer dans sa forge, c’était aussi  magique que d’assister à une messe de minuit ! Tout y était : le tintement joyeux,  régulier du marteau sur l’enclume qui  résonnait comme l’appel des cloches, les folles étincelles qui dansaient dans l’espace, l’enchaînement des actes, mesurés, précis, d’une rigueur quasi mystique, et puis, répétées en boucle, les mêmes exhortations, les mêmes litanies, pour rassurer les bêtes ...

 

      Sur le chemin du retour, Fernand retourna une par une toutes les informations qu’il avait pu glaner. Il les triait, les classait, les ordonnait par ordre d’importance. Mais celle qui le surprit le plus, c’est le tourment dans lequel il venait de sombrer. Dès lors, plus rien ne compta à ses yeux que ce petit bout de femme apporté par l’été. Marthe, à peine deux syllabes pour un si grand supplice ...

 

      Pendant six mois, il se rendit chez Louis, l’esprit en feu, le cœur en miettes, espérant je ne sais quel miracle. Il avait bien tenté de lui parler, à sa façon, laborieuse et sauvage, mais son regard était d’une telle tristesse qu’il avait  vite renoncé. Et les jours avaient suivi les nuits, dans le mortel ennui de cette triste plaine. Pourtant, sa tête débordait de projets ! Un jour, un négociant en vins lui avait même parlé d’un pays de soleil, tout au bord de la mer ! Avec son métier, il pouvait travailler n’importe où, loin de cet endroit sinistre.

 

     Mais, c’était décidé, demain, il oserait. Demain, c’était la veille de Noël. Il mettrait son habit de velours, le beau chapeau en feutre de son père et,  sur les chemins qui mènent à l’église, il s’approcherait d’elle. Il lui demanderait s’il pouvait tenir sa lanterne, pour lui permettre de soulever sa robe au passage des flaques. Il lui offrirait les oranges qu’il avait achetées pour elle deux jours auparavant, il lui parlerait de ce pays de mer ... Oui, c’était décidé, demain il oserait ...

 

      Ce soir là, son cœur chantait malgré la pluie insistante et glacée. Il poussa fièrement la porte du café, la cherchant du regard, mais, il ne découvrit qu’une salle déserte. Au bout de cinq longues minutes, il demanda,  presque dans un murmure :


« Marthe est malade ? »

« Marthe, Non ! J’aurais ben voulu la garder un peu plus, mais en hiver, tu sais, le commerce,  c’est plus ça ! Et puis de toute façon, elle faisait pas l’affaire ! »

« Alors, elle est partie ? »

« Ben, oui. Elle a dit qu’elle allait passer Noël dans sa famille et pis qu’après elle avait trouvé du travail dans une ferme, un peu au Sud je crois. »

 

      Désemparé, perdu, Fernand s’affaissa sur le zinc. Dehors, la pluie redoublait d’intensité comme pour s’accorder à la tempête qui l’emportait tout entier. Un vent mauvais se leva, écorchant les tuiles et les volets. Défait par son chagrin, il s’absorba dans les banalités des propos de comptoir, commandant plusieurs verres, sans aucune réserve.  Puis il entendit la patronne qui retournait les chaises sur les tables. Bientôt, elle descendrait le lourd rideau de fer .  Alors, il se dirigea vers la porte, tanguant comme un marin un soir de grande ivresse.

 

      Du fond de la salle, Louis le salua, puis ce fut la patronne qui le héla.


« Ah, au fait, m’sieur Fernand, j’allais oublier, Marthe, elle m’a laissé un p’tit mot pour vous, enfin, une adresse, au cas où vous voudriez la  contacter ...

 
 
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par Azalaïs publié dans : Contes et nouvelles
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Mardi 11 mars 2008
Pour Papier -Libre, la rencontre entre nos deux héros .


        

Il était un peu nerveux. Il ne savait pas du tout comment il serait accueilli. Se produire en dehors du cirque, c’était pour lui une expérience nouvelle. Les enfants et leurs rires allaient lui manquer, mais aussi,  la chaleur de la piste, les particules de poussière qui dansaient dans la lumière, l’odeur des animaux, l’orchestre qui accentuait le moindre de ses gestes ! Il était trop tard pour reculer ! Il y avait longtemps qu’il avait envie de démarrer cette tournée parallèle dans plusieurs établissements : hôpitaux, maisons de retraite, prisons …

           
        Devant lui, la gardienne ouvrait froidement une série de portes aux serrures complexes. D’ordinaire, quand il se trouvait dans un endroit nouveau, il fonctionnait comme une éponge. Il enregistrait avec un grand sens du détail tout ce qui l’entourait et s’en servait ensuite pour étoffer ses numéros. Mais dans ce couloir sans fin, baigné dans une lueur glauque venue de nulle part, chacune des portes qui se refermaient lui étreignait le cœur.          


        Il arriva d’un coup dans la lumière, projeté dans ce petit espace, en essayant de cacher de son mieux l’angoisse qui lui serrait le ventre. Il évalua d’un coup d’œil rapide cette centaine de femmes vêtues de joggings et de tee-shirts informes. Il flottait dans la salle un parfum de tabac et de parfums bon marché. Certaines avaient fait un effort et s’étaient maquillées. Aussitôt, les répliques fusèrent, drôles, cyniques, décalées, obscènes parfois. Elles se protégeaient comme elles pouvaient du trop plein d' émotions qui risquait de les envahir. Elles étaient malgré tout bon public et l’échange était stimulant, même si l’alchimie n’était pas la même que sous le chapiteau.

           
        Dés le départ, il s’était cherché une ou deux accroches dans le public, un regard un peu plus attentif, une allure différente, unemanièrede rire … Très vite, il l’avait remarquée, légèrement en dehors du groupe, en bout de rang, les yeux tournés vers la fenêtre. Ce qui le frappa d’emblée, c’était sa façon d’être en dehors de tout, murée dans une sorte d’univers inaccessible aux autres. De ce corps longiligne et terriblement droit, de ce visage inerte, émanait une sorte de frontière invisible qui tenait le reste de la salle à l’écart. Elle faisait presque peur, pourtant elle l’attirait comme un grand puits sans fond.


        Il se mit à vider le contenu ses poches : l’énorme clé avec la chaussure qui couine, le bandonéon asthmatique, l’immense serviette qu’il noua autour de son cou, la plante factice qui se mit à pousser lorsqu’il l’arrosa, le bout de papier qui lui servait de lettre et dont il changeait la teneur en fonction de l’inspiration du moment. Elle pouvait être une lettre de sa mère, une lettre de rupture ou de licenciement, mais là, sans trop savoir pourquoi, il en fit une partition musicale qu’il se mit en devoir de déchiffrer de façon maladroite. Il se grattait la gorge, faisait des vocalises, tentait de placer sa voix comme une cantatrice loufoque. Note après note, l’image de Chaplin dans les Temps modernes s’imposa à lui et il improvisa sur le thème de « Je cherche après Titine, Titine oh ! ma Titine ! »


      Dans la salle, les femmes l’apostrophaient bruyamment, cherchant la surenchère dans les réparties grivoises ! Les matonnes hésitaient entre le rire et l’intervention. Dès le début de l’air, il perçut un changement dans son maintien. Elle ne regardait plus vers la fenêtre, sa tête avait légèrement basculé sur le côté, elle avait joint les mains sous le menton, un peu de rose avait surgi tout en haut de ses joues comme si quelque part, un petit feu venait de s’allumer. Il eut la sensation qu’un fil très mince s’était tendu entre elle et lui. Il sentit la fissure, le verrou qui venait de sauter, les petits bouts d’histoire qui tentaient de faire surface…


        A la fin du numéro, elle ne se leva pas, n’applaudit pas avec les autres. Elle continuait de le fixer, immobile, les yeux soudain remplis de larmes. Il quitta la prison comme un somnambule dans un sac de coton. Deux mois plus tard, on lui remit une lettre fatiguée, couverte de tampons et qui avait dû le poursuivre sans succès dans un grand nombre de villes. Sur l’enveloppe il lut : Monsieur Patoche, Clown au cirque Médrano, France. Alors, il sortit de sa poche son petit bandonéon et se mit à chanter :


     
"Se bella piu satore, je notre socatore,
    Je notre qui  cavore, je la qu', la qui, la quai!
Le spinash or le busho, cigaretto toto bello,
Ce rakish spagoletto, si la tu, la tu, la tua!
Senora pelefima, voulez-vous le taximeter,
 La zionta sur le tita, tu le tu le tu le wa! »
 

  
                   Charlie chaplin

                                 envoyé par pierre1915
par Azalaïs publié dans : Contes et nouvelles
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Mercredi 27 février 2008
Pour les Impromptus

cane.jpg
 
Photo de Gérard Robert (l'Internaute)

       
        Il mit son rouge tablier puis lichota un petit verre d’eau de noix pour se donner du courage. La veille, il avait affûté ses couteaux : le saignoir, l’ébarboir, le tranchelard, le dépeçoir, l’écharnoir, le rognoir, le coupoir. Il avait fourbi ses longs ciseaux, préparé les aiguilles et le fil, la cuvette pour la sanquette, récuré le chaudron, dégraissé la cocotte, astiqué la sauteuse ! Il s’était aussi entrainé mentalement et avait visualisé maintes fois toutes les étapes de cette journée décisive : saigner, vider, dénerver, désosser, détailler, hacher, émincer…


      
        Le plus dur, il le savait, serait de sentir la douceur de ses plumes sous la main, de voir le sang couler goutte à goutte au-dessus de l’assiette, l’œil confiant saisi soudain de l’étonnement ultime, le corps tiède qui s’affaisse, privé de vie !



        Jamais il ne pourrait, il ne savait bien, mais comment déroger ? Comment dire non à son destin ? Son père avait été formel lorsqu’il avait osé lui avouer son penchant pour la musique, le soir où il l’avait surpris en train de jouer de la clarinette pour endormir sa jolie cane blanche : « Chez les D’Agen de d’Aizensac, on est charcutier-volailler de père en fils !! Ton apprentissage théorique n’a que trop duré ! Lundi, tu passes à la pratique et tu vas t’entrainer sur cette cane blanche ! Elle est grasse à souhait ! »



        Il était là, devant la porte de la basse-cour, le cœur lourd, indécis, prêt à prendre la fuite. C’est alors qu’il la vit, d’une blancheur spectrale, juchée dans le sapin de son premier Noël, auréolée d’une nuée bleuâtre ! La cane de Jeanne !



        L’Angélus sonna, le couteau tomba et la cane parla : « Au pays des canards, les musiciens sont rois ! Prends donc ta cane sous le bras et quitte cet endroit ! Je t’offre cette plume. Avec elle tu sauras écrire des merveilles et garder le cœur pur ! Vas, je veille sur toi ! »



        C’est ainsi que Charles-Henri d’Agen de d’Aizensac devint le chanteur le plus médiatique de sa génération !



                                                                                                                                  Azalaïs
 
par Azalaïs publié dans : Contes et nouvelles
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Mardi 5 février 2008
Sur une idée de Al Maury


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Al Maury :Tu me prends le coeur


Dans bien longtemps, je suis passée près d’un château de cartes.

Dans le jardin désert, poussaient des as de toutes les couleurs.

La reine les prisait fort et s’en faisait porter tous les soirs au dîner.

Elle se servait des piques pour railler les convives,

Répandait quelques trèfles pour décorer la nappe,

Astiquait les carreaux pour s’y voir toute entière

Et deviner le jeu de ses voisins de table

Quand elle trichait aux cartes !

Mais ceux qu’elle préférait, c’étaient les as de cœur!

Elle les arrachait qu’ils palpitaient encore

Et les jetait tout crus dans son bouillon de poule.

Les valets disaient d’elle : « c’est un bourreau des cœurs ! »


Le roi ne disait rien.

Il aimait en secret la dame de carreau

Dont les atouts certains le laissaient fort rêveur !

Timide de nature, il n’osait lui parler

Et lui faisait porter quantité de billets

Où il disait sa flamme dans un sabir des plus alambiqués !

Il disait qu’il jouait son va-tout, qu’il abattait son jeu,

Que pour l’instant il faisait le mort, qu’il laissait filer doux

 Mais que bientôt, il ferait sauter la coupe, qu’il aurait sa revanche

Et que tous deux enfin, ils se feraient la belle !

Il ne renonçait pas, bien que très vulnérable !

Il voulait jouer cartes sur table …


La reine, fine mouche, finit bien sûr par découvrir leur jeu !

Plutôt que de les battre, de les mettre au tapis,

Elle leur lança un sort qui les changea en cygnes

Et les bannit tous deux sur un étang lointain.

Depuis, ils glissent en silence sur le miroir des eaux.

Ils jouent à la muette, se faisant mille grâces

Dessinant amoureux tous les cœurs que leur âme

Se chuchotent sans fin dans l’infini des cieux.

Azalaïs
 
 
 
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Al Maury : Trois s'cygnes 
 
par Azalaïs publié dans : Contes et nouvelles
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Dimanche 16 décembre 2007
Pour Papier Libre, sur une idée de Juliette :  écrire sur le thème de la table .

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Château abbaye de Cassan (Hérault)

              
                           La nappe, où avait-elle mis la nappe ? D’habitude pourtant, elle était bien dans l’armoire de la chambre, rangée avec les autres ! Il y avait la rouge et la beige avec un décor basque, celle avec les grosses fleurs bleues, la nappe d’été qu’elle sortait pour les repas sur la terrasse … mais où était donc passée la nappe blanche ? C’était celle qu’il préférait. Pas facile à repasser avec ces jours qui tiraillaient un peu sur la bordure, mais si fraîche avec ses petits bouquets brodés dans les coins ! Ah !  … Mais oui, elle l’avait laissée dans le buffet de la salle à manger !

 
 
 

                L’odeur de la tarte Tatin se répandait maintenant dans toute la maison ! Il l’aimait tellement la tarte Tatin ! Déjà, quand il était petit, elle lui en faisait la surprise pour son goûter lorsqu’il rentrait de l’école ! Fallait voir alors comme ses yeux brillaient et comme ils étaient heureux tous les deux dans la cuisine, avec le poêle qui ronronnait et le chat qui se frottait contre leurs jambes ! Elle trottinait d’un bout à l’autre de la maison, toute à ses souvenirs ! Et si elle mettait le service myosotis pour changer ? Oui, ce serait plus gai ! Elle disposa les deux couverts, redonna un coup de torchon aux verres pour les faire briller, mit  le vin dans la jolie carafe et alla cueillir quelques fleurs au jardin. Un dernier coup d’œil à la table ! Tout était parfait ! Il était temps de retourner en cuisine pour préparer le reste du repas.

 
 
 

                Quand tout fut prêt, elle alla s’asseoir dans le canapé du salon pour guetter sa venue par la fenêtre. Elle l’attendit jusqu’au soir, le cœur battant, épiant le moindre bruit, sursautant à chaque claquement de portière ! Il lui avait bien dit pourtant : « Je passerai un dimanche ! » Quand elle comprit qu’une fois de plus, il ne viendrait pas, elle se leva, alla se couper un morceau de tarte et monta se coucher sans un regard pour la table ! Elle avait la semaine pour ranger !

 
 
 

                Elle mourut un dimanche ! On la retrouva dans son canapé, les yeux tournés vers la fenêtre ! Les voisines qui s’occupèrent de la mise en bière n’osèrent pas aller fouiller dans les armoires pour trouver un drap blanc. Elles desservirent la table et prirent la nappe pour en faire un linceul. Elles replièrent proprement la bordure aux jours si finement brodés, des jours dans lesquels on aurait pu compter tous les dimanches où elle l’avait attendu !

 

                                                                                                                                                                                                                    Azalaïs 

 
 
 
               





 
par Azalaïs publié dans : Contes et nouvelles
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Mardi 4 décembre 2007
C’est un conte écrit en Occitan par Maria Emile. Je l’ai traduit en Français et quelque peu remanié. J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.
 
 rouge-gorge.JPG
 

                C’était la veille de Noël. Du côté de Villefranche, un frêle rouge gorge s’était égaré dans les sillons abrupts d’une terre fraîchement retournée, accrochée à la croupe d’un coteau. Il sautillait frileux, ses plumes ébouriffées, aussi léger qu’une brindille, essayant vainement de trouver un petit ver distrait, quelques grains oubliés par les derniers glaneurs.

               
            Tout à coup, la bise se leva, une bise glaciale qui feula comme un chat ! Elle emporta l’oiseau dans un amas confus de poussières et de feuilles et alla le poser sur un poirier tout nu. Il était à peine remis de sa frayeur qu’une rafale sournoise l’emporta dans un hêtre. Là, sur une de ses branches, demeuraient quelques feuilles. Mais quand il voulu s’en approcher pour se parer du froid, l’arbre grogna : « Ne reste pas ici l’oiseau, je n’ai que cette branche qui porte encore des feuilles, tu pourrais la gâter ! »

 
            Ce rouge- gorge là n’était pas querelleur. Triste et las, il ouvrit avec grâce ses ailes minuscules et la bise méchante le reprit dans son errance confuse pour le jeter avec rancœur dans un vieux chêne chevelu où il pensait se reposer un peu ! Mais le chêne grogna dans son parler revêche : « Tu n’es pas d’ici, l’oiseau ! Nous ne t’avons jamais vu ! Nous ne te connaissons pas et nous n’aimons pas les étrangers ! Nous ne voulons pas de toi ! Va-t-en ! »

               
            Une fois de plus, le rouge gorge prit sa volée. Le vent le chiffonnait, lui arrachait les plumes, le ballottait, le retournait dessus-dessous, tête par dessus queue, le malmenait, toujours plus fort, toujours plus haut et l’enleva jusqu’ à la motte de Montfranc où un sapin stoppa sa course. L’oisillon s’empressa de s’arrimer à un rameau malgré ses pattes grêles, reprit son souffle, remit de l’ordre dans le désordre de son pauvre petit cœur et murmura :

« S’il te plaît, arbre grand, me laisserais-tu me cacher un instant sur une de tes branches ? Le vent m’a malmené ! Je suis si fatigué, j’ai tellement froid, tellement faim aussi ! »

« Mais avec plaisir mon joli ! Regarde, la place ne manque pas ! Mes branches s’étalent loin et ma cime monte presque jusqu’au ciel. De plus, je reste toujours vert ! Mais j’y pense, en bas, à la fourche de la grosse branche, tu trouveras un nid abandonné. C’est la mésange qui l’a construit au printemps pour y élever sa petite famille. Maintenant, ils sont tous partis et ils ne reviendront pas d’ici la fin de l’hiver. Va t’y installer, tu y auras chaud !

« Je te remercie beaucoup, arbre grand ! »



            Le lendemain matin, quand le rouge gorge ouvrit ses yeux en bouton de bottines, tout était blanc : les champs, les arbres et même le sapin ! Il avait neigé ! Il descendit à terre et s’aperçut que les branches de l’arbre avaient protégé le sol sur une surface ronde et plane. Il trouva là de quoi se rassasier : des baies, du blé noir que le vent avait porté, quelques vers qui avaient oublié de se mettre à l’abri. Il piqua tant et tant sur ce petit bout de terre que bientôt sa gorge ressembla à une agate rouge !



            Il leva la tête, vit tout en haut une branche sans neige inondée de soleil. D’un coup d’aile, il alla s’y percher et se mit à chanter à tue-tête. Un étourneau passa. Les étourneaux ne sont pas des plus dégourdis ! Celui-ci dit au rouge gorge :



            « Serais-tu devenu fou à chanter de la sorte ? Nous ne sommes pas au printemps, mais à Noël ! Il neige, ne vois-tu pas ? Il fait froid ! Tu n’es qu’un sot petit oiseau ! »

« Mais non, mais non, gros étourneau ! Si tu savais comme j’étais malheureux hier ! Aujourd’hui, j’ai dormi bien à l’abri, j’ai  mangé à ma faim, il fait soleil ! Je suis heureux d’être un petit oiseau et je chante Noël, Noël, Noël !


           
            On raconte que ce rouge gorge  fut la première décoration du sapin de Noël ! Pensez à lui lorsque vous y accrocherez une petite boule rouge !



          Pensez aussi à lui offrir quelques graines, un peu de graisse pendant l’hiver car comme le dit François Coppée dans La mort des oiseaux : « Oh ! Comme les oiseaux doivent mourir l’hiver ! »

par Azalaïs publié dans : Contes et nouvelles
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Mercredi 21 novembre 2007

                Pour  Paroles plurielles. S'inspirer de la photo de Largo et commencer son texte par : « Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin. »