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Le début de l'histoire est ici.
Basilique Saint Nazaire à Carcassonne
Mais il avait beau lutter, implorer tous les saints qui avaient su vaincre les ruses du Malin, la peur à présent le tenait tout entier. Il n'était plus qu'un grand corps parcouru de longs frissons d'angoisse, tantôt brûlant de fièvre, tantôt tremblant de froid.
Pourtant, quelque chose avait changé. L'odeur semblait moins forte et le bruit plus confus. Dans le ciel, à la lune amarrée à son flot de noir d'encre, répondait maintenant une autre lumière, fragile mais résolue, une petite étoile clignotant faiblement à travers les nuages qui s'étaient amassés tout autour du village, l'enserrant fermement de leurs griffes d'acier. Le prêtre pensa à une sorte de phare, quelque part en lisière du bois, de l'autre côté du pont.
Depuis quelques jours, s'était installée là, une petite troupe d'étrangers, des charbonniers venus sans doute du Piémont pour aller se louer dans les forêts des montagnes voisines. Habitués au provisoire, ils avaient rapidement monté un campement de planches et de toiles assemblées. Aussitôt, dans le village, on s'était mis à surveiller les enfants et les poules. Dans le bar de l'auberge, sur la Place du Coq, les commérages se multipliaient et chacun avait à raconter une histoire encore plus terrible que celle de son voisin. De la simple rapine on était vite passé au meurtre, au viol, à la disparition. On disait aussi que les femmes dansaient, les nuits de pleine lune, faisant surgir du feu toutes sortes de créatures étranges allant du crapaud à la vipère cornue. On disait même qu'elles avaient le pouvoir de lancer des sorts mauvais sur les hommes, les bêtes, les récoltes, qu'il ne fallait surtout pas croiser leur regard. Et quand elles passaient dans les ruelles, tenant leurs enfants par la main pour vendre leurs paniers d'osier ou leurs châles de laine, on se barricadait pour épier ces malfaisantes derrière le rideau de sa cuisine.
Tout à coup, surgit un homme, les yeux emplis d'angoisse, le visage défait et barbouillé de larmes ! Il agitait les bras comme une marionnette et hurlait dans un méchant patois :
« Maria, Maria, lo drole, il bimbo, le bébé.... Prego ...
Far presto...Prego »
Le prêtre, sorti de sa torpeur, le regardait sans comprendre. Mais de quel enfer venait-il celui-là ? Et que racontait-il ? Au loin, l'étoile clignotait toujours !
« Maria... Prego...Prego...lo drole... »
Marie ? L'étoile ? Le bébé ? Ah ! Non ! Ça n'allait pas recommencer ! Et puis Noël était passé... Et puis il n'avait pas terminé sa mission ... Le malheur était aux portes du village, il ne pouvait pas se laisser distraire par ce mal peigné ! Un de ces hérétiques Vaudois peut-être, chassés de France dans des temps plus anciens ! Et si c'était un piège pour l'attirer hors du village ! Non, non, assez de signes pour cette nuit !
Mais l'homme gesticulait toujours !
« Aiuto... Prego... Aiuto » implorait-il en s'accrochant à la robe du prêtre.
« Aiuto, Aiuto ! »
Au loin, l'étoile clignotait toujours !
à suivre...
Jérôme Bosch: Le messager du diable
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