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Pour les Impromptus littéraires. « Vous venez d’arriver dans une ville inconnue où vous ne connaissez personne et votre histoire doit absolument commencer par les mots suivants : Dès qu’elle fut partie, je fermais la porte à clef … »
Dès qu’elle fut partie, je fermais la porte à clé. Il y avait du soleil dans la rue, des géraniums à toutes les fenêtres. La rue était pavée, fraîchement nettoyée. De petits filets d’eau couraient encore par endroit. Des balsamines peu farouches occupaient sans façon des récipients désuets en zinc, en émail ou en terre. Un chat sortit soudain d’une porte cochère. J’eus l’impression qu’il me souriait comme me souriait aussi la statue de l’enfant plongée dans la fontaine.
Je marchais d’un pas neuf, ouverte à toutes les surprises. Un clocher quelque part sonna l’heure, éveillant par magie une odeur de pain frais. Tout à coup
une place, entourée de terrasses élégantes. Et là, surgie comme d’un rêve, la masse rouge, énorme, de l’imposante cathédrale « qui frappait l’âme comme une masse » disait Kipling dans
le guide. Les premiers touristes se pressaient déjà sous le portail à baldaquin travaillé comme une dentelle. Un instant, je fus tentée d’entrer moi aussi, mais ce n’était pas ma
mission.
Dans le prolongement du grand vaisseau de brique, se dressait le Palais Episcopal. Bâti comme un château fort avec un mur d’enceinte et un énorme donjon,
il abritait un adorable jardin à la française qui semblait suspendu au-dessus de la rivière où flottaient de petites îles vertes. Il descendait, en terrasses successives jusqu’à un promenoir
bordé de statues délurées et recouvert d’une charmille où courait une glycine.
Comme d’habitude, je pris un grand nombre de photos. Pas facile de traquer l’inédit : ces buis taillés avec minutie offraient toujours un peu les
mêmes dessins. C’est pourquoi je m’absorbais dans les murs végétaux qui partaient à l’assaut de la courtine.Des massifs monochromes ou de savants mixed- border mélangeant avec audace des
santolines en coussins, les torches orangées des tisons de Satan, des phlox magenta, des eupatoires vieux roses, de superbes hélénies aux tons chauds, de criardes monardes aux
fleurs ébouriffées …
L’approche photographique terminée, il me restait à rédiger mon nouvel
article pour cette revue de prestige qui m’employait depuis un mois :L’impromptu des jardins.
Azalaïs
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