Jeu d’écriture pour « L’atelier Ludique » sur une idée de Kildar. Ecrire un texte commençant par :
« Les yeux fixés sur l’écran, ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux. » et se terminant par :
« Il referma la porte derrière elle, posa la rose sur sa table de chevet et alla s’asseoir devant son ordinateur. »
Les yeux fixés sur l’écran, ils regardèrent la machine démarrer dans un silence religieux. Il savait combien elle avait aimé, petite, les romans d’aventures et en particulier l’univers fabuleux de Jules Verne ! Elle lui avait longuement parlé de ces images de voyages qu’elle ne ferait jamais mais qui la hantait tant !
L’odyssée extraordinaire des enfants du Capitaine Grant et la révélation de la « Pampasie Argentine » ! La découverte fortuite de ce morceau de lave qui avait conduit le professeur Lidenbrock et son neveu Axel, de la cheminée d’un volcan au centre de la terre, sur les traces d’Arne Saknussemn ! Les richesses de « l’île mystérieuse » où grâce à la présence de Cyrus Smith la science se mêle au fantastique! La forme étrange de cette île, les cartes, les messages cryptés, la présence invisible de Némo ! Comment ne pas être happé par la magie de cette histoire ! L’inénarrable association pourtant plus qu’improbable de Philéas Phogg et de son valet Passepartout dans « Le tour du monde en 8O jours » ! « Vingt mille lieues sous les mer », les grands fonds et leurs créatures étranges, les forêts sous marines, les veines vertes de la banquise, les premières leçons écologiques d’Aronnax, l’incitant à réfléchir déjà, sur les relations entre l’homme et son milieu ! La traversée épique de la Sibérie par Michel Strogoff ! Et puis bien sûr, « Les cinq semaines en ballon » véritable voyage initiatique pour Joe, le jeune domestique du docteur Fergusson qui les conduira dans son voilier de l’espace jusqu’aux sources du Nil !
Cette passion l’habitait encore au point qu’elle collectionnait tout ce qui touchait de près ou de loin au génial visionnaire : ses poèmes , ses chansons, ses lettres, ses discours, toutes sortes d’ objets aussi pittoresques qu’encombrants, stylos, timbres, chaussettes, paquets de pop corn, boîtes à cigares, papiers à lettre, tickets d’entrée des différents musées ou expos dans lesquels elle le traînait (un jour ,ne l’avait-elle pas emmené à Londres pour voir la maison de Philéas Fogg ?), les cartes originales des romans, des maquettes, des affiches et bien sûr la collection complète de ses livres édités chez Hetzel avec leurs beaux cartonnages rouges ! Elle passait son temps à courir sur le Web, de sites en forums et de forums en sites, en quête toujours d’une occasion inespérée! Elle avait même crée son propre blog où, sous le nom de Nadia Fédor, la fiancée de Michel Strogoff, elle étalait tous ses trésors avec amour !
Aussi avait-il trouvé pittoresque de lui offrir pour son anniversaire cette nouvelle version filmée des « Cinq semaines en ballon », pensant que peut-être elle percevrait enfin la flamme dévorante qui le brûlait sans cesse, le souffle destructeur de son amour pour elle, l’attraction quasi magnétique qu’exerçait sur lui sa présence aérienne. Pour donner plus d’exotisme encore à ces instants célestes, il avait tout pensé dans le moindre détail : atmosphère icarienne suggérée par un feu, crépitant doucement dans la cheminée du salon, un thé vert au jasmin Chung Feng acheté chez « Mariage frères » et servi dans son service en verre soufflé bouche « Happy Dream », une rose pourpre de Damas au parfum capiteux, avec, en fond sonore cet air des « Pêcheurs de perles » de Bizet qu’elle écoutait ravie, en souriant aux anges !
Lorsqu’il osa enfin rompre le silence qui suivit la fin du film, quêtant comme en apesanteur le mot qui enfin concrétiserait ses rêves les plus fous, elle déclara avec détachement :
« Tu sais ce qui me ferait vraiment plaisir pour mon anniversaire ? Un petit tour en
montgolfière ! » Puis elle se leva, aérienne et légère, le laissant atterrir rudement sur son tapis Kashmir … Un voyage en ballon ! Décidément, il aurait toujours un
train de retard ! Peut-être un jour lui demanderait-elle la lune ! Il referma la porte derrière elle, posa la rose sur sa table de chevet et alla s’asseoir devant son
ordinateur.
Azalaïs




Botticelli "La naissance de Vénus"

Magritte
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